Cyprien MATHIEU Homme du Pays, Paysan et Prêtre

Cyprien MATHIEU

Homme du Pays, Paysan et Prêtre

 

Samedi  16 décembre 2006, en Maison du Lembron

55 personnes sont venues du Lembron et de Perrier pour écouter le Père Emmanuel IMMARIGEON nous parler de son ami.

 

Cypien MATHIEU

Naît en 1908 à Antoingt ; il a 10 ans en 1918 ; et il reste marqué par les morts de la guerre de 14-18.

Issu du peuple laborieux, il n’a pour tout diplôme que le certificat d’études ; mais il aime la lecture et va se former en autodidacte.

De la classe 1928, il effectue 2 ans de régiment.

 

L’appel de Dieu

Un jour, alors qu’il se trouve près de la Croix du Chamaret sur la route menant d’Antoingt à Vodable, il se sent appelé par Dieu. Sa vocation lui vient en lisant un passage de la Bible relatant la vocation des premiers Apôtres: «Et laissant tout, ils le suivirent !» Il se dit alors : «ça c’est pour moi». Il a 23 ans et entre au séminaire dit «des vocations tardives», puis au grand séminaire de Chamalières. C’est en 1938 qu’il est ordonné Prêtre et nommé à Aigueperse.

 

La guerre 39/45 et sa croix de guerre

Mobilisé en 1939 à Veynes dans les Alpes, il tombe malade et sera de retour à Antoingt en 1941.A partir de 1942, il aide la communauté paroissiale de St Germain Lembron en desservant Chalus, Gignat, Boudes et Le Breuil. Puis il est Curé du Breuil de 1942 à 1945.

Il cache des  réfractaires au STO et sera inquiété par la police de Vichy.

 

En 1944 au Broc, il répond à un milicien : « Là où la vie d’un homme est en danger, je dois y aller.»

La même année, des maquisards sont en difficultés sur la colline des 13 vents à St Germain Lembron. Et c’est le Père Mathieu qui conduira ceux du Breuil qui viennent en renfort.

Héros, malgré lui, il est décoré de la croix de guerre avec palmes. Mais il ne voudra jamais porter sa décoration. A une question du Général de Langlade, il répond : «On ne peut jamais se vanter d’avoir tué un homme, même si l’on avait raison. Il faut planter trop de croix de bois pour gagner une croix de guerre».

 

S’il est peu protocolaire, Cyprien Mathieu soigne ses homélies

Il éprouve une certaine allergie aux formalités protocolaires et administratives de l’église.

A son Evêque qui lui fait remarquer que ses registres paroissiaux ne sont pas trop bien tenus,

il répond : «vous savez, Monseigneur, le plus important pour moi, c’est que ceux, que j’aurai rencontré sur terre, puissent là haut me tendre la main».

Pour lui, la hiérarchie est l’ossature de l’Eglise, «le squelette».

Il dit à propos des règlements: «il ne faut pas en être esclave».

 

Paysan et Prêtre

Issu du Peuple et de la Paysannerie, il souffre que le peuple ne soit pas assez dans l’Eglise ; et c’est pourquoi il n’abandonnera jamais sa vie de Paysan; il se doit de continuer à travailler pour être Prêtre pour le Peuple, «du Peuple dans son Travail», pour être Témoin de Jésus Christ au milieu des Gens.

C’est en 1945, qu’il est nommé Curé de Perrier. Il y exerce son sacerdoce, mais aussi taille sa vigne et  soigne ses pommiers ; et en même temps, il est avec Dieu…

 

A propos de ses chiens…

A propos de ses quatre chiens qu’il aime : «ils font des bêtises, mais ils n’en disent pas…».

Et parlant d’un de ses chiens qui entre dans l’Eglise de Chalus: «il fait sa prière à sa manière».

Il le donne même en exemple au catéchisme : «il m’aime, il attend tout de moi…»

Il est le Prêtre de tous, croyants ou non croyants ; et il évoque la joie de Dieu pour un pêcheur qui se convertit : «Dieu est indulgent et patient…»

 

De sa santé…

Il a des problèmes de santé, mais ne se soigne pas et  supporte mal les médecins.

«Après 75 ans, c’est du rab» se plait-il à dire…

Lors de son hospitalisation au CHU, n’a-t-il pas cette remarque ? «Ils soignent l’organe mais ils tueront l’homme…»

 

Du progrès…

Il trouve que le progrès qui aide l’homme à travailler est merveilleux; mais quand c’est l’homme qui est obligé de servir la machine…

 

A propos de la Vie…

Cyprien Mathieu n’est pas cérémonieux, mais cherche Dieu dans la Vie. Il parle de l’importance de la Vie, d’épanouir la vie des gens, de servir la Vie et d’en comprendre sa richesse, et de communiquer avec les autres.

 

De l’univers…

Cyprien Mathieu a une vision de l’homme, de l’univers.

Il parle du sens de l’univers : «les plantes, les bêtes ; toute la création va vers l’épanouissement ; c’est l’univers entier qui est à glorifier».

Il lit Teilhard de Chardin (auvergnat, jésuite et paléontologue).

 

De l’au-delà…

C’est un soir d’août 1985, qu’il meurt dans son verger, en embrassant la terre : «la Terre œuvre de Dieu, la Terre nourricière».

 

Son texte, intitulé «Pour lire à mes funérailles»

Il y souligne les choses importantes.

La permanence de la Vie, au-delà de la mort.

La Source, l’Energie, la Fraternité.

Le Sens de la Vie après la mort.

Pour Cyprien Mathieu, l’homme est comme un arbre dans la forêt.

Il ne voit pas d’où l’on vient, il ne voit pas où l’on va.

Mais l’au-delà est un aboutissement : nous nous rejoindrons au Pays de la Vie.

Pour Cyprien Mathieu, il ne faut pas cloisonner, mais Partager le Sens de la Vie.

L’Important, c’est de rejoindre tout le monde.

Mort et Naissance, Royaume de Dieu,

Immenses Richesses, même But.

La Mémoire est ce qui reste de vivant après.

La Lumière qui m’éclaire est Joie, Espoir, à Dieu.

 

L’hommage du Maire d’Antoingt à l’Homme libre

Le jour de ses funérailles, le Maire parle de sa Foi de Paysan.

De son sens du Partage, de l’Homme qui réconforte.

Il termine par cette phrase : «Vous fûtes un Homme libre».

 

En effet, tout au long de sa vie, Cyprien Mathieu a agi selon sa conscience, en Homme libre ; à la fois soumis et insaisissable.

Publicités